ISTENQS

Ici se termine enfin
Notre quête Spirituelle

 

Pourquoi « La fin de la quête » ?

 

Thierry Vissac

 

                                                                                                                                                                                

 

Connaître le soulagement de n'être plus ce chercheur qui serait attendu ailleurs, plus loin, plus grand...

Mais, pour que s'éveille le sens de ces mots, sans doute faut-il avoir connu profondément la douleur de la quête et en avoir vu l'impasse.

Le chercheur spirituel, à l'instar de tout homme en quête, semble animé par  un de ces logiciels informatiques qui fonctionnent en arrière-plan. La vie devient ainsi une course permanente dans laquelle quelque chose manque à chaque instant. Et le manque est nourri par le besoin de le combler. La quête s'enfle et se désespère...

Les instants où le manque semble s'apaiser sont ceux vécus en présence d'un être éveillé, un modèle que le chercheur croit conscient d'une myriade de choses inconnues et dont l'état de grâce resterait quasi inaccessible à sa pauvre petite âme égarée. Cette compagnie fournissant un réel apaisement le chercheur ne voit longtemps pas de raison de s'interroger. 

Le modèle n'est pas réellement en question. Celui qui veut le faire tomber du piédestal, par réaction, est le même que celui qui l'a hissé tout en haut. On ne résout pas l'aspiration à devenir quelqu'un d'autre en tuant les modèles à l'extérieur de soi car ils sont véritablement créés en soi. Le modèle incarné n'est que la forme extérieure d'une fuite de soi, de "ce qui est", inacceptable nature que nous avons été éduqué à purifier avec fureur.

Mais la compagnie apaisante est rare et le reste de la vie du chercheur demeure incomplet ou mal vécu, bien qu'un espoir continue de s'étirer de rencontre en rencontre. La compagnie du sage est comme un cachet d'aspirine. 

La quête repose sur deux croyances déterminantes : "il existe un état de grâce (un autre état) qui donnerait tout son sens à ma vie" et "en attendant de le vivre, je suis une âme égarée (je suis perdu, égaré, décalé, inadapté, inaccompli)". L'état de grâce est l'idée que le mental se fait du but : l'éveil spirituel, ou une autre forme de paradis et l'âme égarée est cette perception que l'ego nourrit de lui-même. Ces deux pensées se poussent et se tirent et le cachet d'aspirine permet d'apaiser l'impatience...

En réalité, qu'est-ce donc que cet état de grâce ? Il s'agit d'autre chose que d'un état rare, de quelque chose qui ne nous serait pas familier. La réalité à laquelle nous pouvons nous éveiller est sans feu d'artifice, elle est humble, plus qu'un homme ne peut l'être. Il ne s'y trouve pas de pouvoir particulier, autre que celui de l'Amour, qui est une disponibilité absolue à la Vie.

La compagnie du sage est la compagnie apaisée avec soi qui, par un détour mental, nous semble uniquement possible dans cette rencontre. Ayant vu cela, nous pouvons, par conséquent, envisager un changement de regard. La compagnie apaisante du sage n'est pas le véritable déclencheur, l'ingrédient essentiel de l'éveil. 

Il n'y a pas d'état de grâce au sens où nous l'anticipons ou, dit autrement : nous en sommes l'obstacle. L'obstacle naît de la vision de l'ego : "je suis indigne" ou "Ce n'est pas pour moi !" autant que "J'y arriverai un jour!". Tout cela étant, bien sûr, fondé sur la vision de l'éveil par l'ego, une perception forcément un peu tronquée.

Dans la compagnie du sage, le chercheur trouve l'apaisement de l'ego en négatif qui jouit du privilège temporaire d'être au contact d'un être supérieur, d'un exemple du but recherché. La vie vécue dans cette quête permanente est une frustration. L'herbe est toujours plus verte ailleurs, ou l'instant d'après et surtout "ce que je vis n'est pas complet, il manque quelque chose, il y a quelque chose que je ne vois pas!" et "que je verrai peut-être un jour". Pour le chercheur, le quotidien est souvent misérable quand, dans son esprit le sage ne vit que des instants de grâce.  Ce que vit le chercheur en quête spirituelle est forcément inférieur à ce que peut vivre un familier du Seigneur.

La quête est ainsi fondée sur une distance fictive que l'ego spirituel ne souhaite pas abandonner et qui se rapporte au besoin de "grandeur" et "d'autre chose". 

Les modèles n'incarnent-ils pas toute la nécessité de la quête ? 

Pourrions-nous vivre un éveil qui ne serait pas fait de tout ce que nous rêvons ?

L'attente torture les chercheurs spirituels invétérés. Et quand la perspective de l'éveil semble trop simple, voire quand l'éveillé semble imparfait, selon les critères de leur quête, l'ego spirituel a alors recours à ses autres créations : les avatars, les incarnations divines et leurs miracles.

La quête est empreinte de la recherche du Père ou de la Mère parfaits, de celui ou celle devant qui le chercheur pourra enfin s'abandonner. L'ego spirituel a des exigences, il n'a pas l'intention de baisser les armes devant n'importe qui  ! La quête prend la forme d'un voyage sans fin, autour du monde, à la recherche de Dieu sur terre. Et il faut aller en Inde ou en Europe voir la toute dernière incarnation de la Mère Divine, il faut toujours aller quelque part... et la tension s'apaise à nouveau le temps de la rencontre, justifiant une nouvelle fois la pérennité de la quête. 

Revenu de ces îlots de grâce, le chercheur se ferme à cette vie quotidienne désertée par cette perfection brièvement entrevue... Le monde et les hommes ne sont pas à la hauteur, ils ne sont porteurs d'aucune grâce, d'aucun message, il faut les subir et attendre le prochain passage...

Pourtant, La merveille de la Vie est une flamme simple au cœur de cet instant présent, là, tout de suite ...

 

Lire également Les Sri et les larmes du chercheur.

Voir  également : En ce lieu de Paix.

Pour approfondir le sujet de la fin de la quête Lire "à bout de course".

Lire aussi Qu'est-ce que l'éveil spirituel ? et « Être avec ce qui est ».

 

 

© Thierry Vissac, Textes, photos et dessins sur toutes les pages du site .