ISTENQSTHIERRY VISSAC
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Un texte de Thierry Vissac

Éveil ou sainteté ?

Lors d’une discussion récente, je disais : « J’en suis arrivé aujourd’hui à penser que la notion de sainteté (humble, telle que conçue par le mysticisme) est de loin préférable à celle de l’éveil ».

La notion d’éveil spirituel est ancienne et s’est largement répandue en Occident dans la vague du New-Age au XXe siècle. Si ce concept a eu un sens, à l’origine, il s’est perdu au fil du temps à cause de l’illusion des « pouvoirs » acquis, de la fin proclamée de la souffrance, et de la prétention automatique à guider et enseigner qui y est rattachée. Le personnage de l’éveillé est un statut qui a fini par tenter beaucoup de monde dans nos civilisations égocentrées.

Si je devais désigner un accomplissement humain de valeur en un seul mot, je dirais « humilité ». Alors que l’éveil, tel qu’on le comprend aujourd’hui, est tout le contraire de l’humilité. Il domine, sépare et étale ses mirages.

Dans la notion de sainteté, au contraire, on inclut le constat et l’acceptation de l’imperfection humaine, d’un parcours qui ne prétend pas nous élever au-dessus du lot et, surtout, d’une allégeance profonde à plus grand que soi (plutôt que devenir celui qui est « plus grand que les autres »).

Là où l’éveillé est le centre de l’attention, sur un piédestal, le « Saint » montre « autre chose » que lui-même qui, en même temps, l’habite et le conduit du dedans. Cette nuance est cruciale. Si l’inspiration divine surgit bien dans notre cœur, elle ne nous appartient pas. Il est vital de souligner cette réalité.

Un auteur, Michel Rondet, écrivant sur la sainteté, nous dit : « Ne pas viser les sommets qui ne sont pas pour nous (…). Il y avait en nous une part d’illusions, une suffisance cachée dont il fallait prendre conscience (mais) la tendresse de Dieu nous ouvre d’autres horizons plus beaux que nos rêves (…). Il ne dépend que de nous de recevoir notre pauvreté comme une grâce (…). De la sainteté désirée à la pauvreté offerte ».

Quelle est cette « pauvreté » ? Elle est ce que contemple notre humilité. Nous sommes fragiles et animés par nos failles. Mais au lieu de se morfondre dans ce constat, on peut offrir cela à plus grand que soi et demander, comme en échange, que Celui à qui nous faisons cette demande vienne prendre la place en nous.

Le Saint en devenir ne veut pas enfler son petit moi, il souhaite laisser la place à son Seigneur. Il veut s’évaser, s’aligner à une volonté autre que la sienne et qu’il reconnait, elle, comme « sainte », à laquelle il s’associe sans, naturellement, s’en glorifier.

Voilà pourquoi il me semble préférable aujourd’hui de partager la perspective de ce parcours de sainteté, que peut devenir notre chemin de vie, plutôt que de viser l’éveil spirituel conventionnel où l’on risque, même de « bonne foi », de se perdre durablement.

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