ISTENQS

Ici se termine enfin
Notre quête Spirituelle

L'espoir et la résistance

à la transformation

 Thierry Vissac

 

 

Il est frappant de constater à quel point les gens demandent explicitement un changement dans leur vie tout en démontrant qu'ils ne veulent pas changer... Ils demandent en fait une transformation radicale qui leur autoriserait l’économie d’une remise en question personnelle. Ainsi, ils tournent en rond parce qu’aucune transformation ne se produit pas sans révolution intérieure (autant sur les illusions en rapport avec l'idée de transformation elle-même que sur ce qui peut réellement se transformer).

 

Ils butinent et rassemblent alors, de stages en stages, des informations et des exercices qu’ils enchaînent et pratiquent de manière enchevêtrée, sans réaliser que ce fatras de croyances mal assimilées et de pratiques superficielles finit par alourdir encore leur dilemme. Ils hochent la tête en signe d’approbation à toutes les explications, même les plus contradictoires, mais dans leur esprit, tendu vers l’annonce d’un miracle, ils attendent le déclic d’un salut ou d’une libération qui leur permettrait de ne pas prendre la responsabilité de leurs mécanismes d’emprisonnement.

 

L’exemple de la quête affective, qui revient souvent dans mes conversations, est édifiant à cet égard. Quel que soit le thème d’une conférence ou d’un atelier, la souffrance de l’être humain occidental est reliée à la « relation de couple ». On voudrait réparer la « relation à l’autre », comme on répare une voiture, d’un coup de clé, sans toucher le conducteur. Quand je suggère, sur la pointe des pieds au vu de leur identification, qu’il va être nécessaire de mettre en lumière ses attentes et sans doute de les lâcher si on veut vivre une transformation dans ce domaine, on me renvoie un hochement timide des têtes (tout le monde comprend le principe, la vérité de cet acte de conscience frappe à un niveau), mais une certaine crispation sur les visages indique pourtant que le désir est ailleurs (« mon compagnon ou ma compagne ne me comprend pas, comment faire pour qu’il/elle me comprenne ? Comment le/la changer lui/elle ? »). Quand j’amène le regard une étape plus loin, en suggérant alors que le « besoin de l’autre » est excessif et qu’il est nécessaire d’explorer sa propre autonomie, j’entre dans le champ de l’inacceptable (même si le hochement de tête continue dans l’ensemble).

 

Cette réaction n’est pas dépendante d’une culture, d’une intelligence ou d’un manque de sincérité, par exemple, mais d’un conditionnement collectif qui affecte les aspirations les plus profondes de l’humain en les noyant dans un consumérisme spirituel fondé sur la quête de mirages. Un participant qui pense qu’il a le choix (d’un autre stage, d’une proposition plus complaisante) ne prendra pas vraiment le risque de ce regard conscient sur ses propres errements.

 

Le regard conscient appelle un engagement sérieux et joyeux à la fois. Il ne peut pas se combiner avec le fantasme. On ne peut pas à la fois nager à contre-courant de la rivière et se laisser porter par elle.

 

Tout le monde veut que « ça change », mais très peu acceptent les causes et les conséquences du changement. La folie du monde est alimentée par cette fuite. Je regarde dans les yeux de ceux qui viennent m’écouter et je vois souvent le même paysage désolé du désespoir de la quête personnelle… et du besoin irrépressible de la poursuivre de la même manière. Je peux faire une proposition mais je ne peux pas l’adopter à la place de ceux qui m’écoutent. Ce qui fait que lorsque j’ai rencontré 1000 personnes, je sais qu’il y en a une dizaine qui ont vraiment entendu ce qui leur était dit, et qu'une proportion encore plus petite tentera le chemin.

 

C’est ainsi. Je reconnais la situation telle qu'elle est, que la « planète des âmes blessées » n’est pas encore prête pour la révolution de l’âme, mais avant que ce réveil ne se produise, aucune transformation véritable ne s’effectuera, ni individuellement, ni collectivement.

 

  

© Thierry Vissac, Textes, photos et dessins sur toutes les pages du site .