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Le puzzle et la contrainte

Thierry Vissac

 

 

Deux principes naturels peuvent nous aider à accompagner les événements de la vie : le principe du puzzle et le principe de la contrainte.

Le principe du puzzle

Comment voyons-nous notre existence ? Lorsque tout est décousu, désuni, sans lien, nous passons d’une chose à l’autre en perte de sens, comme baladé par le hasard et les vents. C’est angoissant. Mais nous connaissons une autre vision, qui vient nous traverser plus ou moins souvent, selon les périodes de notre vie, selon notre état intérieur. Des instants existent où tout est lié. Nous le savons intuitivement et ne saurions pas nécessairement l’expliquer. Nous ressentons le lien, même entre des actes anodins. Nous éprouvons un contentement profond à ressentir l’unité de choses insignifiantes comme de celles plus grandes. En fait, la joie d’agir au quotidien repose sur cette vision du puzzle de l’existence, la nôtre mais aussi celle de l’univers dans laquelle le puzzle de notre vie vient également s’insérer. En son absence, le même paysage perd totalement de sa signification. Il faut parfois s’attarder un peu sur ce ressenti intime, rarement mis en lumière. Le message intérieur nous dit : « Mes actes et mes intentions sont cohérents, ils participent à un ensemble (le petit ensemble des nécessités quotidiennes et le grand ensemble des nécessités de l’univers) ». L’intuition peut nous donner à voir du lien dans les situations les plus inattendues, en tirant la chasse d’eau des toilettes (avec une perception globale de l’œuvre de l’eau, des cycles naturels, de la créativité infinie de l’humain dans son effort pour s'intégrer aux lois de la nature, etc.) aussi bien que dans un acte apparemment plus glorieux. Ce message ne se provoque pas. Mais lorsqu’il est absent, on peut se souvenir de lui, au moins afin de ne pas trop croire à son rival qui nous parle de perte de sens et de néant. La vision du puzzle reviendra toujours, puisqu’elle reflète le réel.

Le principe de la contrainte

La nostalgie de la liberté, inspirée par l’âme, nous amène parfois à des exigences excessives. Nous voudrions ne vivre que des situations idéales selon nos plans personnels. Mais l’expérience de l’incarnation nous démontre que la contrainte de l’âme est au centre de notre existence. Comment pouvons-nous restaurer une relation plus saine à cette contrainte ? En l’acceptant pleinement, au point d’en faire l’outil de notre apprentissage quotidien. Je voudrais être en pleine forme et je ne le suis pas du tout ? Je me glisse dans la sensation « pas en forme », j’en ressens la valeur (je vais moins courir, avoir plus d’espace pour ressentir, apprendre l’humilité, la patience, descendre en moi avec la cause de ce malaise ou mal-être, etc.) et dans cet abandon de soi à l’intelligence du moment, en évitant toute comparaison avec mes idéaux ou l’état de santé de mes voisins, je vis pleinement ce que je ne pouvais de toute façon pas éviter. Je suis limité physiquement, voire moralement, alors que j’avais besoin de tous mes moyens aujourd’hui ? Je ne suis pas détruit dans mon âme par cette réduction de mon potentiel, je ne fais que vivre un passage particulier qui a son propre pouvoir d’enseignement. Je cède à cette force qui s’impose à moi et tente d’en recevoir le message. Je songe que je n’ai pas pu faire tout ce que je souhaitais dans ma vie et cela me désole ? Cette pensée révèle une contrainte universelle qui s’oppose à un mythe social contemporain, l’idée qu’on devrait réaliser tous ses désirs pour avoir une vie réussie. Nous ne sommes pas là pour ça et si nous pensons de cette façon, nous aurons tous des déceptions amères. Il faut remettre en question le mythe du libre-arbitre qui nous donnerait le pouvoir incroyable de « faire ce qu’on veut ». Observer avec bienveillance la façon dont nous avons été contraints de changer de cap, de nous adapter, est bien plus enrichissant. Nous nous sommes mis en accord avec l’intelligence de la vie, tout simplement. Le fait que quelque chose râle au passage face à cela n’est pas bien grave, mais y passer trop de temps est cause de souffrance. Au fond, nous appelons « contrainte » (ou « empêchement ») la manifestation de l’intelligence de la vie dans notre destin.

Si nous sommes attentifs à ces deux principes, nous sommes au plus proche de notre chemin de vie personnalisé.

 

   © Thierry Vissac, Textes, photos et dessins sur toutes les pages du site .