ISTENQS
Ici se termine enfin
Notre quête Spirituelle

 

 

 

Fondations


d'une éducation
avec âme

 

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Pour l'intégration d'un auto-accompagnement des affects

dans l'éducation de l'enfant dès l'âge scolaire.

 

Thierry Vissac

 

 

 

Présentation

Le contexte :

 

Accompagnateur spirituel depuis une douzaine d’années, ma démarche fait suite à la fréquentation depuis trente ans de personnes adultes engagées dans des démarches spirituelles ou thérapeutiques diverses. Au fil de ces rencontres, je suis frappé, presque à chaque fois, par une réalité qui me semble généralement occultée. Notre civilisation souffre, à mon sens, principalement de l’immaturité émotionnelle. La plupart des individus, particulièrement ceux qui vivent dans les sociétés occidentales, sont ignorants de leur vécu le plus intime. Ils ont tous appris à penser, à cogiter et à se faire du souci et peuvent seulement, dans le meilleur des cas, discourir sur des concepts politiques ou philosophiques. Mais les constituants de leur « vie intérieure » leurs sont comme inaccessibles, inexplorés. Il m’arrive d’interroger une personne à ce sujet par cette question : « Savez-vous ce que vous ressentez dans l’instant ? ». La réponse est très souvent un silence. Le ressenti immédiat n’est pas « conscientisé » et si cette personne peut assez facilement rapporter ce qu’elle « pense » elle est généralement coupée de ce qu’elle « ressent » ce qu'elle « éprouve ».

La criminalité, les troubles psychologiques, les maladies psychogènes, la dépression, le sentiment d’une « perte de sens »  sont liés à cette division chronique et trop peu prise en compte, ou trop tard, entre l’activité mentale (superficielle ou compulsive), qui prend toute la place, et le vécu des émotions et du sentiment, relégué à l’arrière-plan quand il n’est pas tout à fait refoulé. J'ai une fois rencontré un ancien criminel dont le témoignage produisit comme un déclic : il me confia qu'il avait été « pris par surprise » par l’émotion qui l’avait conduit à un assassinat. Dans un registre moins tragique, la vie quotidienne de nos concitoyens est parsemée d’instants conflictuels qui trouvent leur cause dans une « inconscience » de ce qui se trame réellement au-dedans de soi.

 

La proposition en résumé : L’auto-accompagnement, dans cette proposition, désigne la capacité naturelle, pour peu qu’elle soit enseignée et développée assez tôt, à « reconnaître » en soi ce qui s’anime, à le verbaliser, à en prendre la responsabilité et à le laisser se dissoudre. J’ai, depuis quelques années, à l’attention des personnes qui viennent à mes conférences, résumé cette capacité par l’expression « être avec »1. « Etre avec » signifie que l’on est conscient de ce qui nous traverse à un moment donné, qu’il s’agisse d’une colère autant que d’une joie, et que ce ressenti immédiat ne soit pas perdu de vue dans les actions que l’on entreprend2. Nous sommes en effet habitués à agir à partir d’impulsions qui ne sont pas toujours très claires. Nous « réagissons » plutôt que nous « agissons ». L’aggravation des conflits est en grande partie due à cette impulsivité qui tente de se résoudre « vers l’extérieur de soi » (en s’attaquant à un « ennemi », la cause désignée de notre malaise ou souffrance) plutôt qu’en prenant la responsabilité de sa propre réaction (retour vers soi) et à en reconnaître les causes. « Etre avec » ne signifie en aucun cas « analyser » mais «accompagner le ressenti » le temps de son passage afin de lui permettre de se dissoudre naturellement par la décrispation que produit ce « retour ».

 

Une lacune importante : Cette approche est absente de notre système éducatif et des approches de santé concernant les enfants. Il faut que l’enfant soit en difficulté scolaire pour qu’une approche thérapeutique soit envisagée. Mais l’enfant est alors perçu comme problématique et différent des autres. Or, il est évident que si certains enfants sont capables, par des artifices ou un mimétisme que notre société nous enseigne involontairement, de donner le change, tous sont dans le « même moule » et que les difficultés des adultes en rapport avec leur vie intérieure, et les conséquences dans tous les domaines de la vie, trouvent leur origine dans cette lacune importante de notre éducation. La « connaissance de soi » préconisée par les anciens philosophes est toujours lettre morte.

 

L’auto-accompagnement : Je ne prétends pas avoir une méthode « clé en main » à proposer. Je suggère qu’un débat s’ouvre sur cette question importante auquel je souhaiterais apporter mon expérience de ces dernières années, ainsi que le témoignage de personnes qui ont adopté cet auto-accompagnement dans leur vie quotidienne. Un bénéfice connexe de cette approche est de permettre à toute personne de développer une autonomie qui fait défaut à la grande majorité des personnes qui s’engagent dans des démarches spirituelles ou thérapeutiques modernes. La tendance à chercher un soutien extérieur (modèle, maître spirituel, thérapeute) prend fréquemment le pas sur la recherche d’une certaine autonomie. L’auto-accompagnement est une forme de révolution pour beaucoup d’individus aujourd’hui et demandera une explication, une mise en perspective et un accompagnement préalables, mais rapidement, la simplicité de cette approche, surtout si elle est généralisée, devrait contribuer à l’amélioration de la qualité de vie de nos concitoyens. Les effets de cette approche pourront alors se faire sentir dans plusieurs domaines de notre société.

 

Septembre 2013 parution de « Mes émotions, des visiteuses inattendues », document de soutien pour ce projet.

Voir le clip vidéo « La connaissance de soi dans l'éducation de l'enfant » et la brochure du Forum de 2014 "Une connaissance de soi dans le socle commun de l'enseignement ?" ainsi que quelques images du premier forum à Toulouse.

 

1 : Voir la page Etre Avec.

2 :  À l’origine, cette approche ne se voulait pas particulièrement thérapeutique au sens courant du terme, mais comme une proposition à des « chercheurs spirituels » d’un mode de vie, d'une relation à soi, à l’autre et aux événements, présente en substance, dans d’anciennes traditions spirituelles comme le Bouddhisme. Cependant, mon approche ne s’est pas développée à partir d’une culture religieuse ou psychologique particulière, mais par la rencontre avec des milliers de personnes depuis 30 ans et du constat de la nécessité de restaurer une plus grande intimité avec ce que la psychologie appelle « l'affect ». Ma proposition est fondée sur le postulat que le « regard conscient » est une condition indispensable d’une existence en harmonie avec soi et avec les autres. 

 

     

© Thierry Vissac, Textes, photos et dessins sur toutes les pages du site .