ISTENQS
Ici se termine enfin
Notre quête Spirituelle

Vulnérabilité positive

Thierry Vissac

 

 

Rien, dans notre éducation et notre expérience, ne nous enseigne à accepter d'être vulnérable. Au contraire. Pour notre survie, nous avons cru comprendre qu’il fallait tout contrôler. Nous ne pouvons placer notre confiance en l’Intelligence de la vie, car on ne sait jamais ce qu’elle nous réserve. Une existence personnelle bien balisée, « sous contrôle », est apparemment plus « sûre ».

Au fond, nous nous savons vulnérables. Poussières dans l’infini, nous pouvons être balayés d’un coup de vent. C’est contre ce risque que nous luttons instinctivement. C'est naturel. Mais nous avons ainsi appris à « gérer » au point de devenir des gestionnaires du vivant. Nous voulons croire en la toute-puissance de l’humain qui a « domination sur la terre et les animaux ». Si nous supervisons tout, ou presque, nous nous croyons en sécurité. Mais faisant cela, nous nous fermons à « ce qui est plus grand que soi ». Or, « ce qui est plus grand que soi » est ce qui contrôle réellement les formes du vivant. Notre habitude de tout gérer vient donc souvent s’y opposer.

Pour connaître ce « plus grand » et y trouver la confiance, il faut s’y ouvrir. Et pour cela, retrouver sa vulnérabilité positive. Notre force personnelle a ses limites. C’est souvent au moment où nous rencontrons ces limitations naturelles que nous pouvons nous ouvrir à autre chose. Tant que nous résistons à tout, il y a peu de chances que nous soyons assez évasés pour laisser passer une intelligence plus « grande » que la nôtre, moins circonscrite à notre petit champ visuel.

La rencontre avec la vulnérabilité en soi est salutaire. Elle nous rappelle à une dimension de notre existence qui se révèle faite d’innocence et d’ouverture. La menace que représente le « petit humain » n’est qu’imaginaire. Nous voulons nous faire aussi « gros que le bœuf » parce que nous avons des croyances ataviques en la nécessité du contrôle, mais les authentiques témoignages de sagesse ne parlent pas de dominer, de toujours se battre ou de contrôler (sinon, ce n’est plus de la sagesse mais du coaching d’entreprise. La plupart de nos spiritualités contemporaines ont également tendance à bricoler quelque chose autour du fantasme de domination). La sagesse nous dit que nous devons placer notre confiance dans une destinée qui n’est pas celle que nous construisons avec nos seules pensées apeurées. 

J’écris ces mots avec toute la compassion du monde. Je ne porte pas de jugement général, comme si tout cela était ridicule. Je le dis : J’ai moi-même cru en un temps qu’il fallait tout contrôler. Nous sommes dans le même bateau. Mais la découverte de la vulnérabilité positive devrait revenir au goût du jour parce qu’elle nous sauve, nous rapproche du cœur, nous rend humbles et vivants. Elle nous redonne ce statut de « passage de l’intelligence de la vie ». L’image n’est pas exagérée : nous nous ressentons vivants de ce flux d’intelligence en soi, comme la flute s’anime et résonne du souffle qui y circule. Avant cela, elle n’était qu’un morceau de bois rigide.

L’initiation à l’âme commence par des retrouvailles avec notre vulnérabilité positive. Je précise bien : je ne parle pas de rechercher une « faiblesse douloureuse » ni une sorte de soumission, mais la vraie nature de la vulnérabilité. La rencontre avec ce versant de notre existence va nous mettre face à la peur mais elle nous rend effectivement plus vibrants et sensibles. Cette belle sensibilité tapie dans nos cœurs effrayés peut maintenant se révéler. Elle va venir illuminer nos perceptions, assainir nos relations.

Comment proposer et vivre cette réconciliation dans un monde de « dominants » ? C’est tout le défi de notre époque désenchantée.

 

 

© Thierry Vissac, Textes, photos et dessins sur toutes les pages du site .