ISTENQS

Ici Se Termine Enfin

Notre Quête Spirituelle

 

Sexualité :

à rire et à pleurer...

 

 

 

Thierry Vissac (R) et les membres de l'ancien forum Istenqs(Q) :

 

Q : (une plaisanterie attribuée à Dieu) : "Je t'ai fait un cerveau et un sexe en parfait état de fonctionnement mais tu n'auras jamais assez de pression sanguine pour que les deux fonctionnent en même temps..."

 

R : La plaisanterie fait rire, mais la réalité qu'elle décrit peut faire pleurer. Parlons-en ... La pulsion sexuelle est à l'origine des émois et des souffrances les plus intenses. Le monde semble graviter autour de cette quête à laquelle on a tenté de donner une certaine légèreté mais qui demeure en réalité une des plus chargées. Il y a des questions très sensibles que l'honnêteté, le regard conscient, évitent d'explorer trop franchement. La pulsion sexuelle est un de ces sujets brûlants.

 

Ce que nous appelons sexualité est un tiroir hétéroclite. A l'origine de la sexualité, on trouve l'aspiration au bien-être absolu, à la transcendance du monde. Or, si les témoignages humains montrent que l'acte peut produire à l'occasion quelques instants mémorables, force est de constater qu'il manque toujours quelque chose pour que tout soit aussi exaltant que dans nos rêves les plus doux (fous). La promesse merveilleuse de la sexualité semble donc produire plus de frustrations que d'extases. Cette réalité, comme toute réalité, est un enseignement. C'est aussi un des plus délicats. L'appel de cette promesse est si fort que les arguments moraux ou spirituels pour la raisonner ne font pas long feu. Il faut en effet plus que les mots pour inviter le Témoin sur ce terrain de jeu où il est rarement présent. Mais la souffrance vient essentiellement du fait que nous tentons de gérer cette énergie pour en faire quelque chose d'autre que ce qu'elle est. Les "obsédés" aimeraient réaliser plus souvent leurs désirs envahissants ou trouver un truc pour les maîtriser. Les "bloqués" aimeraient oublier la question ou trouver un truc pour se "libérer". Et, ici, comme partout, le problème est créé, puis géré par un biais qui en fait un cercle vicieux. Il n'y a pas de secret absolu, mais on peut avantageusement observer que les deux voies communes du refoulement et de la consommation effrénée appellent une voie du milieu qui est celle de la conscience. "Vivre consciemment" la pulsion sexuelle (comme tout ce qui peut s'animer à travers nous) est la sexualité du sage. À Partir du regard conscient et affectueux porté sur ce tremblement de l'être, il est possible de découvrir une autre vie sexuelle, qui peut d'ailleurs se décliner différemment d'une personne à l'autre. 

 

Q : J'aimerais que l'on m'explique pourquoi le sexe est le problème que toutes les religions montrent du doigt !?

 

R : Les religions ne montrent pas la sexualité comme un problème, elles n'ont fait que récupérer le fait que les hommes en souffrent (même s'ils feignent la plupart du temps la légèreté) pour les attirer vers Dieu. C'est une stratégie de marketing spirituel. Si tu es réellement en paix avec "le sexe", tu peux accepter que ce ne soit pas le cas de l'immense majorité des hommes. Parlons vrai : il y a parfois un petit jeu qui consiste à dire : "Oh, moi j'ai dépassé ça !", un peu comme les jeunes lycéennes qui disent publiquement détester un garçon alors qu'elles pleurent secrètement en pensant à lui sur leur oreiller. L'heure de vérité est une heure de libération. Nous ne sommes pas en cours de récréation.

 

Q : (...) Pourquoi toujours parler du sexe, tellement d'encre a déjà coulé à ce sujet !

 

R : Il me semble que ton sentiment que "beaucoup d'encre a déjà coulé sur ce sujet" est excessif et pouvait révéler un malaise sur le sujet. Il y a peu d'activités humaines où le don est aussi absent que dans celle-là, même s'il est de bon ton, dans les cercles spirituels et pour se rassurer, de dire autrement. Mais c'est surtout le ton un peu "distant", pour le moins, avec lequel tu abordes le sujet qui fait tinter une petite cloche en moi. Les expressions comme : "Je ne comprends pas pourquoi c'est tabou", "je ne vois pas le problème", pourraient être une manière de garder à distance une douleur personnelle, plus qu'un témoignage de liberté. Si tu es libre, et que tu reconnais ton humanité dans la souffrance que je décris, tu dois pouvoir comprendre ("prendre en toi", nous sommes tous semblables) la réalité de la sexualité telle qu'elle est vécue dans le monde. 

 

Q : Cette passion doit habiter l'homme, sinon la terre se dépeuplerait rapidement !

 

R : Voilà ce qu'on appelle "un raccourci saisissant"... qui voudrait faire croire (à celui qui en a envie) que la "passion" est réellement mise au service de la natalité :)

 

Q : Mais la passion pervertie, devenue pêché, parce qu'elle va à l'encontre de l'ordre divin vaut toujours mieux que l'extirpation complète de cette passion.

R : C'est une pensée comme une autre ... Peux-tu me confirmer si tu as envoyé cette explication pour nous faire rire :)) ?     

Q : Le jeu du corps qui se prête à élever le niveau de bien-être du partenaire, afin de partager ensemble un niveau de bien-être commun. Pourquoi ne serait ce pas un don ?

R : C'est surtout une jolie façon de le présenter (tu pourrais te prêter au jeu de redire la même phrase sans les formules "new-age" convenues). Je connais peu de gens qui, s'étant penché sur leurs intentions véritables dans cette activité, ont constaté qu'ils s'intéressaient au bien-être de l'autre (sinon pour leur propre fierté). Dans un tel moment, où comme tu le dis par ailleurs, "on se lâche", c'est plus souvent l'animal qui prend les rênes. Et celui-là ne fait pas de philosophie ni d'altruisme. Maintenant, je sais aussi combien cette vision peut être inacceptable, difficile à digérer. Mais ce qui est inacceptable gagne pourtant à être Vu. Si l'élan sexuel est motivé par un besoin d'apaisement de la pulsion, un désir de posséder l'autre ou d'être possédé, une recherche de plaisir intense (je ne formule pas de jugement sur ces réalités en les citant), il est plus juste d'accepter que nous sommes en présence de l'animal solitaire que du sage altruiste à ce moment-là. Et pourquoi les choses ne peuvent-elle pas être vues ainsi ? C'est aussi dans la réponse à cette question que l'on peut trouver quelque chose qui nous concerne intimement (mais pour entendre la réponse en soi, il faut bien entendre la question, franchir le seuil de la réaction épidermique et des nuances que le mental veut apporter sur le sujet et qui surgissent en masse à la lecture de ce que je dis ici).

 

Q : Ma découverte de l'instant était de me dire ... Mais pourquoi tout le monde en parle comme ça alors que c'est si beau ???

 

R : À nouveau, le fait que quelque chose soit "si beau" pour toi ne peut exclure que cela soit différent pour d'autres. Le "pourquoi" est une curieuse réduction d'une réalité universelle à une expérience personnelle ponctuelle que tu as eue. Ta manière de dire les choses est tout à fait présentable mais elle cache une certaine forme de centrage sur ta personne et un goût pour l'illusion et l'utopie qui me semble un peu éloigné de la réalité de "ce qui est".

Q : Se pourrait il que l'homme et la femme puissent un jour se libérer de leurs sexes pour ne plus être que des êtres dans leur relation amoureuse et ainsi partager des moment merveilleux sans rien attendre de l'autre que l'amour ?

R : Peut-être ... A toi de Voir si tu dis cela parce que tu préfères fuir la réalité telle qu'elle est ou parce que tu pressens que c'est l'évolution juste des choses ... (ne réponds pas trop vite...)  

   

Q : Je ne comprends pas bien ce que tu veux dire, Thierry. Si on ne peut pas parler de don, en matière de sexualité, il y a au moins possibilité d'abandon total, n'est-ce pas aussi une forme de don de soi ?  

 

R : Quand je suggère que  la lecture ou l'écoute doit être consciente, je fais référence au fait que les "sujets délicats" touchent nécessairement à des visions, des croyances, des certitudes qui nous paraissent vitales, qui le seront aussi longtemps que nous le voudrons et qui feront toujours un filtre sur nos "récepteurs". La plupart des messages qui me sont renvoyés sur cette question ne font guère référence à "ce que je dis" mais aux peurs que mes mots ont animées. De mon "point de vue", cela est frappant. Pouvez-vous le voir du vôtre ? Il n'y a pas, dans mes propos, de rejet de "la part animale" ou de "l'acte sexuel". Mais vos réponses (qui reviennent à enfoncer plus ou moins le même clou) trahissent peut-être une crainte de se voir interdire ce que l'on a reconquis avec tant de difficulté (la religion et la spiritualité ne sont elles pas dans la conscience collective des anti-plaisirs, anti-sexe ? Est-ce que Thierry va revenir à la charge ?). C'est une réaction un peu épidermique et si vous acceptez de faire un pas au-delà du feu brûlant de ce sujet, vous verrez sans doute que vous protégez un "bien" plutôt que d'envisager profondément un nouveau regard (que je n'ai pourtant pas encore défini !) qui pourrait être sans compromission ni décoration du Réel. Ta réponse met en avant des formules ("trouver l'unité et le plus simple des bonheurs partagés" "des sentiments tendres se mêlent au désir et aboutissent au plaisir plein") qui me semblent mal définir la sexualité vécue par la plus grande partie des humains. Quant à l'abandon total, je ne l'ai jamais nié mais n'ai jamais (parmi les centaines de personnes à qui j'ai parlé) rencontré quelqu'un qui l'ait vraiment vécu. Il est clair que si nous devions aller plus loin dans le regard sur cette question, il y a quelques barrières à franchir.

 

Q : Que faire des pensées obsessionnelles ?

Q : Un jour, j'ai reçu un homme un peu désespéré qui déplorait son obsession pour les poitrines féminines. Le sein caché (inaccessible) était la cause de toutes ses souffrances. L'été le mettait au supplice (comme tous les habitants de Montpellier), persécuté qu'il était par ces (trop) multiples tentations en bonnets. "La vue d'un sein me rend fou !" me confiait-il. 

 

Je lui demande :
" Le sein est-il un objet sexuel, un organe de l'allaitement, ou rien d'autre que ce que tu en "fais" ?"
Il me dit qu'il voit où je veux en venir et qu'il est obligé de reconnaître que, pour lui, le sein est exclusivement un objet de convoitise sexuelle.
Je lui demande alors :
"Peux-tu dire que le sein est objectivement un objet sexuel ?"
"Non, je sais intellectuellement qu'il est aussi ce que tu me proposais dans ta question !"
"Est-ce qu'il te donne envie de boire du lait ?"
Avec une mimique qui imite le dégoût, il répond vivement :
"Ah, non !"
"C'est pourtant ce qu'il t'inspirait certainement il y a à peine 30 ans !"
Il reste muet.
"Est-ce que le sein est véritablement la cause de ton tourment ?"
"Je ne sais plus..."
"Tu sais qu'il fut un temps où le genou des femmes devait être couvert ... ?"
"Oui."
"... Et que les hommes était "rendus fous" par la vue d'un genou ?"
"Hmm..."
"Tout est dans la tête, mon ami ..."
"Mais cet attrait pour les seins en tant qu'objet sexuel est pourtant naturel ?"
"Oui, certainement naturel, en tous cas aussi longtemps qu'ils ne te mettent pas au supplice ou qu'ils ne t'amènent pas à la folie !"
"Comment faire alors ?" 

"Prends le désir tel qu'il se présente, tranquillement, et si tu vois la construction mentale, la surenchère de l'ego sur le désir naturel, tu peux revenir à ce dernier paisiblement. Et aussi : tu ne vis rien d'extravagant, il te faut dédramatiser cette affaire-là ! Tout va Bien !" 

Il sourit pour la première fois de notre entretien...

 

Q : On dirait que l'objet du désir quel qu'il soit est investi d'une mission qui le dépasse ...

 

R : L'ego a transféré dans l'objet du désir le but de sa quête (Je serai heureux lorsque j'aurai rencontré un compagnon). L'appel qui le pousse vers cet objet et le but qu'il pense y atteindre ne sont pourtant pas réduits à cet objet (je ne serai heureux qu'avec cette rencontre que j'attends avec impatience). La mission, elle, existe pourtant bien. Elle est Divine (Je suis en quête de ce que "Je suis" et cela n'est rien d'autre que ce que je suis et pas ailleurs que là où je suis). Mais elle ne peut se révéler comme telle qu'à celui ou celle qui accepte de faire le pas au-delà de la "programmation de base". L'Appel est celui de la ré-union, de l'Un qui se retrouve en l'autre... qui n'est alors plus autre. Les désirs de fusion, de communion, d'union sexuelle, sont des formes programmées de cet appel. Mais, pour celui ou celle qui ne vit pas l'Appel pour ce qu'il est (le mouvement du Divin se rencontrant Lui-même), il ne semble y avoir que la programmation de base (le désir de fusion, l'instinct sexuel) qui apparaît comme suffisante à elle-même (qui ne l'est pourtant pas, et la souffrance et la frustration font office de sonnette d'alarme pour celui ou celle qui persiste à y investir la plus grande partie de sa quête).


Pour certains, l'acte sexuel est reconnu comme un acte compensatoire quand il cherche une gratification ou un apaisement personnel. Cette quête de compensation, quand elle est profondément identifiée, révèle la quête de l'Unité. Tout désir personnel peut être relié à la nostalgie de l'être. L'instinct sexuel naturel est récupéré par l'ego pour perpétuer le mythe de la dualité et la jouissance ne veut pas céder la place à la joie, le déchirement de la dualité ne cède pas à la communion. Mais cela est généralement inconscient, parce que le désir (je cherche l'autre qui est mon complément et ma source de bonheur) est profondément lié au mythe de la vie individuelle. Et abandonner cette croyance, c'est faire le grand saut (il n'y a pas de complément, il n'y a personne, personne d'autre que Lui (Elle) qui se "fait l'Amour à chaque instant") et cela s'apparente à une mort. 

L'Unité retrouvée est l'acte d'Amour Unique. Nous le pressentons confusément dans notre quête vers l'autre mais la croyance programmée nous rappelle toujours au déchirement. 

Mais quand nous voyons s'exprimer cette programmation, comme si nous ne voulions pas croire en autre chose, comme s'il était impossible de nous priver de quelque chose d'aussi vital que cette quête, comme si nous n'étions plus qu'un cri qui se déguise en argument intellectuel, comme si nous n'étions que cela, il est possible de faire l'expérience d'une "bascule salutaire". 

Si nous nourrissons volontairement la justification de la quête, toutes les avancées que nous avons pu connaître auparavant ne sont d'aucune utilité, parce qu'elles démontrent que nous n'adhérons au spirituel que s'il ne vient pas bousculer les fondations de notre "petite personne" et ses programmations de base. Si nous  prenons conscience du jeu qui se trame en soi, alors nous nous ouvrons au champ du "tout possible". 

Pour que cette bascule se réalise, il est nécessaire d'identifier auparavant la crispation de l'ego qui se manifeste lors de l'intrusion du Réel dans son univers de division et de douleur (lorsqu'un message en "contre-programmation" vient le percuter profondément). La folie de l'ego est la justification. Les "bêtises intelligentes" qu'il peut dire à la perspective de son Abandon sont faramineuses. 

Tout est jeu. Nous pouvons choisir le notre consciemment, ici, tout de suite.

 

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© Thierry Vissac, Textes, photos et dessins sur toutes les pages du site .