ISTENQS

Ici se Termine Enfin

Notre Quête Spirituelle


 

La quête

de purification 

Thierry Vissac

 

On m'a rapporté aujourd'hui que quelqu'un de mes amis, disciple fervent d'un enseignant en spiritualité aux méthodes vigoureuses, a expressément demandé à son maître qu'il le mette fortement à l'épreuve, sans limite d'intensité, parce qu'il "en avait assez" et qu'il voulait "s'éveiller".

Il y a, dans cette situation, à la fois un témoignage de la détermination du chercheur et l'illusion fondamentale de sa quête. Le chercheur demande à "se défaire" de la souffrance qu'il juge insupportable. Il cherche des méthodes pour y parvenir, il en change souvent, s'attache quelques temps à celles qui produisent une certaine intensité, des brassages émotionnels nourrissant l'idée qu'une purification est en cours, et avec le désir de se débarrasser du tumulte intérieur. Le chercheur est en quête de quelqu'un qui serait un exemple du but qu'il s'est fixé et qui pourrait l'aider à le purifier. Ce chercheur-là est perdu dans un cercle infernal. 
 
Nous ne nous "défaisons de quelque chose" que parce que nous l'avons accueilli, pas par l'intensité des épreuves initiatiques. Le désir de se laver des marques de l'individualité est une illusion qui a fait son temps. Toujours, le chercheur abusé revient sur les pas de ce qu'il a renié. Celui qui a longtemps cherché et qui investi ses derniers espoirs dans le désir d'être "lavé", "purifié du mal" qui le ronge, et qui se jette désespérément dans les flammes d'une épreuve qui aurait fait ses preuves, se trouvera un peu plus brûlé, fatigué, mais tout à fait "inchangé" sur le plan où il l'attend.

Si le désir de se défaire de quelque chose est compréhensible, cela reste une déviation de l'Appel véritable. Nous n'avons pas été jeté injustement dans une existence que nous devrions modifier selon nos critères spirituels. Le jugement que nous portons sur les mouvements de vie en soi (que nous subissons en conséquence de ce jugement), est le problème spirituel. Le chercheur crée un problème : l'absence de problème et part en quête des êtres et des moyens de réaliser cet objectif. 
 
L'éveil n'est pas une purification. En tous cas, pas dans le sens erroné que je souligne ici. Personne ne se défait de rien, sinon de l'attachement positif ou négatif aux choses dont nous voulons nous défaire.
 
Celui qui est jaloux, colérique, obsédé par la sexualité, peureux etc. et qui veut s'en défaire, n'a généralement pas eu le courage d'explorer ce que sont ces énergies. S'il le faisait, il ne s'agirait plus pour lui de s'en défaire à tous prix, comme dans l'exemple cité plus haut mais de les traverser ou de les laisser le traverser quand elles se présentent. Nous subissons ces énergies aussi longtemps que nous y sommes "identifiés", positivement ou négativement et donc, dans l'angle de vue que je prends dans ce texte  : aussi longtemps que nous les rejetons ! La demande, adressée au maître, dans un cri désespéré : "Lave-moi de ce que je suis !" Dit avant tout : "je suis" ces "énergies tumultueuses" et "Hors de ma vue !". Or, c'est le regard que nous portons sur les choses qui nous défait de la douleur, pas la disparition de ces "choses" (une émotion ou une situation quelconque). La disparition de l'événement, de l'énergie, de la situation, est le raccourci que voudrait favoriser l'ego spirituel pour "en sortir". Et cette quête absurde est alimentée par la croyance que le maître s'est lui-même défait des énergies en question, qu'il ne subit plus de situations "défavorables" etc. Parfois, l'illusion est entretenue par le maître en question. 
 
Nous ne sommes pas ici pour devenir autre chose que ce que nous sommes. Et ce que nous sommes n'est pas immaculé, dans le sens où l'ego spirituel peut l'entendre. Mais surtout, l'illusion de la quête tient tout entière dans cette demande désespérée adressée à un autre (le maître) pour qu'il fasse le travail en question.

Eveille-moi ! dit l'ego, avec un air de détermination qui pourrait passer pour de la ferveur spirituelle. Mais si l'ego était déterminé à cela, il n'aurait pas besoin de le demander. Sa détermination est celle de l'orgueil spirituel qui s'est niché dans la quête de façon subtile. Il y a quelques années, j'avais été littéralement "frappé" par une phrase de St Jean de la Croix qui disait : "Quelques-uns des commençants (les chercheurs spirituels !) considèrent parfois leurs fautes comme peu de choses et dans d´autres circonstances ils se laissent aller à une trop grande tristesse à la vue de leurs chutes. Ils s´imaginent qu´ils devraient déjà être des saints et ils se fâchent contre eux-mêmes et s´impatientent, ce qui est encore une imperfection. Ils supplient Dieu avec les plus vives instances de les délivrer de leurs imperfections et de leurs fautes, plutôt pour n´en être plus ennuyés et vivre en paix que par amour pour Lui."

... "plutôt pour ne plus en être ennuyés !" ... Oui, comment ne pas être "frappé" par la justesse de ce regard qui est à la fois un doigt pointé et une direction d'Amour et d'Accueil de "ce qui est".

On ne se défait de rien, on "passe à travers" ou on "laisse passer" et cela dans l'intimité de son cœur, sans excentricité émotionnelle, sans marche sur le feu, dans la communion simple avec le Flot vivant qui est tout entier là, ici, dans cette situation, cette énergie, cette rencontre, que nous la jugions spirituellement acceptable ou non. Toute l'emprise du mental spirituel est contenue dans ce jugement-racine "qui nous tient résolument à distance de nous-mêmes". Ceci est l'Appel déformé. Nous appelons en réalité à la réunion avec l'Intelligence de la Vie en toute chose et en tout lieu.

J'ai confiance que cet ami - et tous ceux ici qui pourraient se reconnaître dans ce genre de quête - rejoindront cette vision essentielle.

 

© Thierry Vissac, Textes, photos et dessins sur toutes les pages du site .