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Pour une spiritualité incarnée (7) : La peur. Comment se laisser enseigner ?



Thierry Vissac

 

Lorsque nous ressentons la peur, nous sommes crispés, notre champ de vision se réduit, notre système se recroqueville dans un fonctionnement primaire de survie. Jusque-là, tout est naturel. Mais nous voulons aussitôt quitter ce ressenti inconfortable et retrouver notre stabilité, revenir en arrière. C’est là où nos astuces se déploient. Une autre voie est possible.

 

Je vais en distinguer les étapes :

 

  • Tout d’abord, il faut admettre que la peur n’est pas une erreur mais au contraire un symptôme que nous approchons d’une vérité.

  • Ensuite, il faut reconnaître que la peur nous rend plus attentif (c’est sa fonction, incroyable de l’avoir oublié !). Cette faculté de l’attention est un joyau de notre humanité. Il est dommage de ne pas profiter des instants de réveils, même les plus inconfortables, pour écouter ce qu’ils viennent nous dire.

  • Plutôt que se précipiter à retrouver (à reconstruire) au plus vite l’apparente stabilité qui précédait l’émergence de la peur, nous pouvons accompagner ce ressenti.

  • La crispation que nous ressentons ne vient pas que de la peur elle-même mais de notre façon de l’accueillir (notre effort pour la refouler, en fait). L’étape cruciale de l’accompagnement est de desserrer autant que possible la crispation qui vient de notre refus de cette émotion.

  • La peur ne nous veut aucun mal. Elle est d’abord une fonction naturelle de protection et non d’agression. Elle est ensuite un message personnalisé pour notre vie. Nous pouvons donc nous permettre de faire l’expérience de son passage en nous, de la laisser nous traverser avec une conscience nouvelle.

  • Exposés à ce tremblement intérieur, nous sommes comme des nouveau-nés. Ce n’est pas facile, d’autant plus que la plupart d’entre nous avons perdu l’habitude d’accompagner nos ressentis. Nous notons rapidement que nous perdons notre assurance, nos certitudes. C’est le ressort de la fuite. Nous refusons l’humilité pénétrante qui se présente à nous.

  • Si nous laissons ce processus se faire, nous sentons que notre cœur s’ouvre. Nous sommes sur le seuil de l’enseignement.

  • La peur ne disparaît pas tout à fait, mais elle se transforme. Paradoxalement, nous trouvons plus de fraîcheur à ressentir la peur qu’à être dans notre état hyper-protégé habituel (tendu et sur la défensive).

  • Un espace plus subtil et délicat trouve son passage à travers le barrage de nos protections. Nous sommes pénétrés d’un enseignement sur le sens de notre vie, bouleversant. Nous ressentons à la fois une douceur humble et une conscience aigüe de notre destin. Nous réalisons que nous nous étions inutilement endurcis et que nous avions tenu la vraie vie à distance.

  • La vision qui s’offre à nous est l’amorce d’une transformation. Il faut rester là, avec elle, ne plus courir ailleurs à toutes jambes. Nous découvrons une autre façon de nous détendre au sein de cette peur qui a surgi comme une intruse et qui va se révéler moins dangereuse qu’il n’y paraît. Mais avant cela, nous aurons plusieurs fois l’impression d’être consumés et l’impulsion de fuite va se représenter, parfois incontournable.

  • Les causes de la peur peuvent être variées, bien qu’elles aient une racine commune. Chacune, avec son parfum particulier, vient creuser une piste de sagesse. Chaque cas est intéressant (peur existentielle, relationnelle, etc.) et pourra être observé dans ses particularités, ses différences. Toute douleur intérieure peut être accompagnée dans le même esprit.

  • Au bout de ce chemin intime, se trouve l’expérience essentielle de l’Abandon à l’intelligence du vivant. Le personnage contrôlant qui croyait trouver sa réussite dans la fuite des signaux naturels est chamboulé. Il va perdre de son emprise. C’est une autre naissance.

 



   

© Thierry Vissac, Textes, photos et dessins sur toutes les pages du site .