La mutation
de l'espèce humaine

Thierry Vissac - 2018

 

Il y a 500 000 ans environ, homo erectus disposait d’un cerveau bien plus petit que notre cerveau actuel. Pour devenir celui qu’on a appelé ensuite homo sapiens (l’homme intelligent), il a fallu une mutation de l’ADN qui a profondément transformé la conscience que notre ancêtre avait du monde. Sa réflexion est devenue capable d’abstraction et les premiers concepts sont nés de cette modification. Le cerveau a changé de taille et de forme également afin de permettre l’expression de ces nouvelles valeurs, de leur donner une assise physiologique sans laquelle un potentiel n’est jamais complètement activé et reproductible.

Certains scientifiques parlent de cette mutation comme d’une erreur de parcours aux conséquences positives ! L’intelligence de la vie ne fait pas d’erreur de parcours et l’avancée significative survenue à cette époque est en train de se reproduire actuellement. Afin d’accéder à « l’homme sage », qui doit naître au sein de notre espèce (et que nous attendons avec un sentiment d’urgence), des modifications précises et minutieuses sont en cours dont nous constatons les prémices.

La mutation est donc en cours et tout indique d’ailleurs qu’elle ne survient pas par hasard dans le contexte actuel de notre civilisation. Nos comportements doivent changer radicalement pour que notre espèce survive et soit capable de manifester et d’incarner les grandes valeurs qui nous échappent encore le plus souvent. L’amour ne peut s’exprimer qu’en l’absence de quête de profit personnel. Notre société est pourtant structurée à partir de cet instinct primitif qui va devoir céder la place. Les dommages infligés à notre planète sont en lien direct avec nos limitations actuelles tant au niveau du sentiment qu’au niveau cognitif. Certaines choses ne « percutent » pas encore en l’humain, malgré sa bonne volonté parfois. Quelque chose doit changer !

En observant les manifestations des « gilets jaunes » en France en novembre 2018, j’ai eu cette vision d’un monde qui s’éteint dans un baroud d’honneur. En effet, la violence des manifestations et leur alibi appartiennent tous à l’univers de l’homo sapiens. Notre capacité à discourir peut nous faire croire (mais pas très longtemps) que nous avons de bonnes raisons de nous comporter ainsi. Pointer les dirigeants d’un pays comme s’ils étaient différents de nous, par exemple, est à l’origine d’un aveuglement complaisant. Nous préférons croire que le combat va nous faire « prendre le dessus » (et donc devenir ceux que nous dénoncions), plutôt que de travailler sur soi afin d’incarner des valeurs qui, seules, mettront un terme à ces agissements primitifs. Autrement dit, les problèmes économiques ne sont pas issus d’une caste de dirigeants mais d’un fonctionnement humain partagé qui se perpétue depuis toujours en position de pouvoir. En l’état actuel de notre cerveau, même un humain désireux de s’élever au-dessus de la possibilité de corruption court tous les risques de tomber dans le piège. La mutation n’est pas accomplie !

Plutôt que de perdre notre temps à manifester bruyamment et violemment dans nos rues, à saccager le « mobilier urbain » avec la même indifférence que nous avons en saccageant la planète, nous sommes invités à accompagner cette mutation en conscience.

Pour participer à cette révolution génétique, il suffit que nous acceptions un travail sur soi dont la finalité est de produire des nouveaux circuits d’apprentissage dans le cerveau, allant dans le sens de l’amour, de la compassion, de l’écoute, du respect et de mettre fin ainsi aux comportements de prédateurs organisés et égocentriques. L’intelligence de la vie n’a pas besoin de nous pour provoquer les modifications de l’ADN, mais nous sommes en position de répondre à cette mutation en incarnant les possibilités naissantes. Notre vieux cerveau d’homo sapiens doit comprendre que nous voulons insuffler dans sa structure même de nouvelles capacités, au « risque » de la bousculer sérieusement. Il nous revient d’agir, dans un cheminement intérieur et intime, de telle façon que ces nouveaux chemins d’expression des valeurs les plus profondes deviennent des réalités vivantes. Sans cette démarche, partagée par le plus grand nombre, nous ne ferons que retarder les perspectives lumineuses de cette mutation au risque aujourd’hui flagrant d’une extinction probable de notre espèce.

C’est pourquoi j’ai créé la page Facebook « les rubans blancs pour la mutation de l’humanité », afin d’amener à la conscience de chacun les enjeux exceptionnels de notre situation et de dynamiser nos démarches pour qu’elles portent leurs fruits le plus tôt possible.

Participer à cette renaissance au sein même de notre espèce est un projet magnifique que nous ne pouvons pas nous permettre de laisser de côté.



   

© Thierry Vissac, Textes, photos et dessins sur toutes les pages du site .