ISTENQS
Ici se termine enfin
Notre quête Spirituelle

 

Le murmure de l'Appel

 

dans la forteresse de l'Intellect

 

 

Thierry Vissac

 

 

Il existe des certitudes qui méritent une bousculade saine et salutaire. La première d'entre elles concerne l'éveil spirituel, encore largement associé à une sorte « d'adhésion intellectuelle » à des principes.
 
En d'autres termes « comprendre mentalement » ce serait « vivre ». Nous vivons dans une civilisation qui prospère sur les fondations du plaisir et du mental. Les quêtes du plaisir et de la compréhension intellectuelle ont supplanté les autres élans naturels et ont même investi la quête spirituelle. Le « développement personnel » a trouvé son essor sur ces bases et tout ce qui promet bonheur, extase et connaissance suprême semble satisfaire un grand nombre de chercheurs.
 
Dans l'imagerie du candidat moderne à l'éveil, celui qui aboutit à cette quête millénaire vit dans une béatitude permanente, une sorte d'orgasme sans déclin, et connaît tout ce qui doit être connu dans l'univers. Ainsi, celui qui énonce avec un large sourire quelques belles vérités au doux parfum ésotérique s'adresse à un public conquis d'avance.
 
Les chercheurs spirituels n'attendent pas tous une révolution dans leur existence, loin de là. Ils préfèrent encore les petits plaisirs que fournit le mental chaque fois qu'il adopte une pensée sécurisante qui devient alors une « vérité ».
 
Pour ces malheureux, la sérénité provient de la répétition d'une telle vérité à chaque fois que le tourment vient les saisir. De tels chercheurs ont trouvé ce que cherchent les animaux et les hommes quand ils vivent dans le même instinct : une sécurité éphémère. Mais quand les premiers n'en font pas une vérité, les seconds ont cette manie ancestrale d'appeler « temples » les abris construits par la peur.
 
Le premier réveil, à partir duquel la perception du Réel a une chance de percer, jaillit comme un souhait impérieux de ne plus se raconter d'histoires ! Mais si le chercheur, terré et en somnolence dans son abri, ne veut plus entendre que les troubadours de la quête spirituelle, parce que leurs mots font une musique à ses oreilles et apaisent provisoirement la peur, le Rappel plus exigent de l'éveil risque d'être accueilli comme un nouveau danger.
 
Assez de frilosité ! Le « Royaume des Cieux » n'est toujours pas pour les tièdes ni les érudits du temple de la peur.
 
Que l'univers des spiritualités se soit solidifié avec le temps au point de ressembler à une forteresse inexpugnable n'est pas une surprise. Mais ceux qui y sont enfermés ne peuvent pas éternellement résister à la nécessité à l'Appel qui résonne contre ses murs. Un écho dans l'enceinte, quelques oreilles engourdies semblent le capter brièvement. Mais l'interminable litanie des prêtres du temple des habitudes tente de couvrir le son nouveau et les oreilles, un moment distraites, reviennent à la sécurité du connu. Les sermons continueront de dire la nécessité d'être des gardiens belliqueux à la porte de cette forteresse.
 
Comment ne pas comprendre un jour l'effroi ressenti devant la puissance du Vivant et la fuite éperdue qu'il a provoqué ? Comment ne pas se rappeler aussi le besoin d'un nid de protection pour se couper de la folie du monde, de l'absence insoutenable de tendresse, de la peur primale de disparaître ?
 
Ces instincts sont les fondations de la quête spirituelle et la parole, qu'elle soit ferme ou délicate, qui tente de montrer ce qui se joue se heurte souvent à ces murs en essayant d se faire entendre par le cœur de celui qui s'y cache. Mais on ne négocie pas avec la peur, ce serait une nouvelle joute de mots, et l'étau du mental, désespéré, se refermerait.
 
La spiritualité mentale est une forteresse qui n'abrite pourtant que des âmes sincères. Mais de l'intérieur, l'horizon est couvert par ces hauts murs de la connaissance et la soif naturelle de découverte est bridée par le confort qu'ils procurent. Ceux qui entendent le murmure de l'Appel, par-delà les murs, perçoivent également les frémissements d'une saveur nouvelle. D'autres interpellent, pour quelques temps encore, les prêtres afin qu'ils chantent plus fort et couvrent le murmure.
 
La forteresse se renforce avec le temps. Elle a subi tant de fois les assauts des sages et des fous. On a crucifié, brûlé, emmuré et, de nos jours, diffamé, les voix qui portent le murmure. Mais le murmure n'appartenant pas à ces voix, elles peuvent s'éteindre, il demeure.
 
Le murmure est si « incompréhensible » qu'il a le pouvoir de franchir la barrière du mental, alors que ce dernier s'attarde à chercher une parade. La fibre de l'être est touchée. Quelque chose bouge, comme une émotion, peut-être même une colère. Car le murmure est un alchimiste, il ne discute pas du processus qu'il initie. Il n'explique pas à un mental dépassé que tout se joue au-delà de son empire. Il pénètre directement au cœur. Et par quel miracle accède t-il au saint des saints ? Parce qu'en réalité, il n'a pas besoin de frapper au mur de la forteresse. Il pénètre le cœur parce qu'il est déjà au cœur de toute chose. Bien sûr, ceux qui s'opposent à son Appel prétextent encore que la parole vient « d'un autre », un mécréant, un fou, un manipulateur, et qu'il faut renforcer les murs de leur foi. Mais le murmure ne peut pas être exilé.
 
Sachons reconnaître que nous avons vécu longtemps dans le confort de cette forteresse et qu'il nous faut découvrir un espace plus vaste. Acceptons l'inconfort de cette révélation, la bousculade inévitable de nos structures de protection, et veillons à ne pas nous muer automatiquement en "gardiens des murs de la foi" quand notre « tranquillité » est perturbée.
 
La sérénité dont nous parle le murmure, elle, n'est jamais perturbée. Les temps sont rudes pour les gardiens belliqueux de la foi car le souffle « nouveau » fait table rase. Ce qui est ébranlé n'appartient pas à notre véritable nature, c'est la dernière chose rassurante qui peut être dite…. Juste avant de voir s'effondrer les murs de la forteresse. Maintenant ?
 

 

© Thierry Vissac, Textes, photos et dessins sur toutes les pages du site .