ISTENQS
Ici se Termine Enfin
Notre Quête Spirituelle 

 

Le mirage du SOI

 

 

Thierry - Octobre 2008

À force d’objectiver le sentiment d’exister (comme avec  l’expression « le Soi »), on finit par créer des réalités parallèles, transcendantales auxquelles il faudrait accéder par l’effort de la pratique, sans cependant savoir vraiment où les trouver.

Chaque fois que j’entends quelqu’un me dire qu’il cherche à « réaliser le Soi », parlant de ce qui est censé être sa réalité la plus intime, mais tout en expliquant comment cet objectif lui demande un effort de « rejoindre » quelque chose (qu’il lui faudrait chercher ailleurs, « au fond », en se dépassant, en trouvant quelque part ce substrat ou cette substance étrangère qui ferait de lui plus que ce qu’il est déjà), je ne peux que constater les conséquences d’une spiritualité mentale qui a égaré des milliers de chercheurs.

Où peut-on trouver la réalité que je suis ?

Cette réalité est un sentiment intime, pas un objet. Dans l’instant même où j’écris ces mots, j’ai conscience de ma propre existence sans avoir besoin de la nommer (« le soi » avec un grand ou un petit s). Cette conscience d’exister, ou ce sentiment d’exister, est souvent mis à distance par le mental du chercheur comme un objectif duquel il aurait été séparé par erreur.

Désigner sa propre essence avec un terme qui la tient à distance, et cela parfois en se croyant adepte de la « non-dualité », est une mauvaise approche.

Si l’on revient à ce sentiment d’exister, hors des définitions séparatrices, on peut ressentir ce qui ne nous a vraiment jamais quittés.

Notre potentiel est l’accueil de ce qui est. Nous pourrions dire, afin de simplifier cette quête de « soi », que ce que nous recherchons et croyons avoir perdu est cette capacité à accueillir. Les objets que nous créons dans l’univers de notre quête sont secondaires, ils sont ce que l’on accueille ou non. Les concepts que nous créons sont sans valeur, même s’ils donnent l’illusion d’avoir saisi quelque chose.

La pensée « soi » est un de ces concepts qui torture les chercheurs. Les spiritualités indiennes, qui ont eu tant de succès chez nous ces dernières décennies, nous ont fourni des définitions sophistiquées de ce « soi », de cet « objet» qui serait le plus précieux à atteindre ou à réaliser dans la quête spirituelle.

À chaque instant, je suis celui qui accueille ou qui refuse. Peu importe ce que j’accueille ou je refuse, ces "objets" sont des mouvements de la vie dont la diversité ne me demande pas de faire de tri ou de porter de jugements. Je peux refuser une émotion parce que je crois que l’émotion n’est pas « le soi », mais en faisant cela je me coupe du vivant, de ce mouvement naturel de la vie qui me traverse. Je porte un jugement, issu de mes interprétations mentales, sur quelque chose que je crois devoir manipuler pour y mettre autre chose à la place (« le soi », neutre et sans vague).

Notre nature (et notre salut) est l’accueil. Le sentiment d’exister grandit dans cet accueil et il s’étrique dans le refus. Ce que nous sommes est ce sentiment d’exister et la souffrance ou la joie ne sont que les conséquences de ces contractions ou expansions.

Le soi n’existe pas, dans le sens où il est entendu plus haut dans ces lignes. Il n’y a pas de réalité transcendantale. Tout est ici, tout de suite et à chaque instant. Pour le vérifier, il suffit de revenir à la vérité de l’instant. 

Il est temps d’abandonner ces objets qui gravitent dans l’espace mental comme des satellites épuisés à tourner autour de la vie. En retrouvant en soi (donc ici, tout de suite, au cœur de ce sentiment d’exister) les mouvements de la vie sans les dissocier, les évaluer, les conceptualiser ou même les rejeter, nous pouvons revenir à une relation humble et vivante à la fois qui éveille, mieux que tous nos efforts cérébraux, le sentiment de communier avec ce qui est.

Nous sommes alors réellement ce communiant qui n’est pas séparé.

 

© Thierry Vissac, Textes, photos et dessins sur toutes les pages du site .