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Le "MeToo" de l'âme



Thierry Vissac - Avril 2020 -
 


Le mouvement intérieur que j’appelle l’émergence de l’âme est la réponse à l’appel de notre âme qui veut se faire connaître au sein du monde, manifester son chemin de vie originel au lieu des plans du personnage social qui sont souvent un peu déviants.

Pour favoriser cette émergence, pour lui laisser le passage, qu’il s’agisse d’un choix conscient ou non, nous cherchons de l’aide. Mais nous devons être très attentifs à ce qui demande de l’aide en soi. Autrement dit : quelle strate de l’être[1] cherche quoi ?

Si c’est la strate émotionnelle qui cherche à être comblée, la recherche d’un soutien spirituel se transformera en attente affective. C’est sur ce plan que nous confondons séduction et attrait spirituel, par exemple. Si nous faisons reposer notre demande d’aide un peu plus sur l’intuition, ce genre de confusion ne peut pas durer longtemps. Mais si nous avons tendance à être complaisants avec la quête affective, nous ferons semblant de croire quelque temps que nous adhérons à un projet spirituel, alors que nous sommes déjà attachés à la personne qui l’anime. Nous « ressentons » que nous sommes nourris, certes, mais pas sur le bon plan. Nous éprouvons bien quelque chose qui nous paraît positif, agréable, mais si nous ne réalisons pas que nous sommes juste « séduits » ou « contents d’avoir de l’attention de la part de quelqu’un de sympathique ou d’attirant », notre appel de l’âme est passé à la trappe.

C’est à ce niveau qu’une certaine vigilance est utile si l’émergence de l’âme est une priorité dans notre vie.

Je dialogue constamment avec des personnes pour qui cette vigilance n’est même pas encore concevable. La confusion des attentes est parfois totale. On dit qu’on « aime bien » tel ou tel enseignant/thérapeute pour ne pas dire qu’on ne sait pas du tout sur quel bouton il a appuyé en soi. « Ressentir quelque chose » est le seul critère, mais sans discernement sur la nature de ce ressenti.

Lors d’une discussion récente, une personne de mes connaissances me dit avoir beaucoup aimé une certaine vidéo. J’entends cette phrase si souvent que je n’y accorde pas une grande attention. Cette fois-là, je suis allé voir la vidéo en question. Il ne me faut que quelques instants pour savoir d’où la personne parle. Et ce n’est pas un pouvoir surnaturel, vous avez le même, il faut juste l’utiliser. Je vois un homme sympathique, qui a conscience de l’être, dans sa façon de communiquer. Et je perçois qu’il est en train de parler à une femme. Le discours est correct, consensuel, pas de percées particulières dans le cursus New-Age tel qu’on le connait depuis les années 1960. Puis, une rupture se produit qui me fait interrompre la vidéo. L’homme donne un conseil à la femme, il valorise son ressenti (sans définir de quoi il est question ; je dirais : « De quel ressenti parlons-nous ? ») et lui suggère de « faire confiance à ce ressenti même s’il est irrationnel ». Or le thème était justement celui de l’intuition, un ressenti très particulier qui demande une exigence plutôt qu’une foi aveugle. Il est facile de dire à quelqu’un de « se faire confiance », comme « d’avoir l’esprit critique », « d’écouter son intuition », etc., mais c’est aussi de la démagogie spirituelle.

En l’état actuel de nos perceptions, de l’éducation à vivre nos émotions, de notre fuite du réel, le contact avec l’intuition est un apprentissage, pas une suggestion à faire comme si ça coulait toujours de source pour tout le monde. Sans compréhension des strates de l’être, « faire confiance à un ressenti même irrationnel » peut tout à fait être une invitation à donner un pouvoir et une légitimité à une émotion violente, par exemple, avec les conséquences imaginables.

Il y a une différence radicale entre l’émotion et l’intuition. C’est justement parce que les personnes en recherche d’aide sont très confuses sur l’existence de ces diverses strates qu’on peut leur servir des conseils passe-partout qui ne disent pas de quel niveau de l’être on est en train de parler. Si, en plus, l’orateur est sympathique et agréable…

Je ne veux pas affirmer que l’homme en question serait lui-même confus sur ce sujet ou qu’il pourrait être mal intentionné, mais l’offre ressemble un peu trop à la demande affective pour que ce ne soit pas suspect. Je peux tout à fait imaginer aussi que ce n’était qu’un moment parmi d’autres, bien mieux inspirés, mais ce que je voudrais souligner, au-delà des personnes et de leurs intentions, est que ce genre de situations devraient toujours être un rappel à la question de départ : qui cherche quoi ?

Si votre âme cherche à émerger, l’attente affective doit être mise en pleine lumière pour ne faire interférence à aucun moment du processus. Tous les critères qui ramènent à la séduction, à la demande d’attention exclusive, à des sensations émotionnelles agréables, à l’amalgame entre charisme de l’âme et attirance sexuée devraient être mis à plat sur votre plan de travail et dépecés. Je ne dis pas qu’il ne peut pas y avoir un peu de ça de temps en temps, mais que vous n’y êtes pas soumis, que vous n’êtes pas dupes, que vous avez à cœur de garder le sens des priorités. D’autres critères moins conventionnels peuvent être sollicités : il vaut parfois mieux être remis en question que conforté dans ses croyances, et la compréhension mentale immédiate ne va pas dans ce sens. Au contraire, la nécessaire maturation d’une prise de conscience peut provoquer des incompréhensions et inconforts dans un premier temps. Hocher la tête en approbation souvent lors d’une conférence n’est pas forcément bon signe. Ressentir des résistances à l’écoute, voire une somnolence, peut être le signe que quelque chose est touché en soi (la faille[2]), plutôt qu’une indication que ce qui est dit n’est pas intéressant. La transmission spirituelle pour l’âme n’est jamais un one man show, un moment de secrète admiration ou attraction irrépressible, mais devrait être une invitation à « descendre » en profondeur en soi, à la sobriété émotionnelle et à retrouver son axe (et non chercher à se rapprocher de l’axe de l’autre).

C’est pourquoi je pense que l’âme veut son « MeToo ». Les âmes pourraient dire : « Moi aussi, je me laisse prendre par des enseignant(e)s qui m’attirent au lieu de me retrouver moi-même ».  Mais c’est l’âme qui se souvient aussi : « Je ne suis pas le personnage social et ses attentes affectives démesurées ». Elle doit donc dénoncer en nous-mêmes la mécanique de séduction à laquelle nous nous soumettons par automatisme et qui fait passer l’émergence de l’âme à la trappe pour quelques sensations bon marché qui ne répondront jamais vraiment à notre appel profond.

Le mouvement n’a pas besoin d’être brutal, il se fait en soi, avec honnêteté et bienveillance pour notre demande d’amour si puissante, en pleine conscience de la valeur de remettre de l’ordre dans les strates de l’être et de ne plus se trahir soi-même.

 

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