ISTENQS
Ici se termine enfin
Notre quête Spirituelle

 

 

 

La litanie du coureur

 

 

Thierry Vissac

   


Un œil sévère m'observe en permanence. Je suis jugé. Un étau est refermé sur ma poitrine, je me suis habitué à sa douleur. Le jugement et la douleur sont mes compagnons depuis si longtemps. 
 
Le remord me ronge, même inconsciemment. Je crois parfois souffrir d'autres maux et la confusion de mon mal le rend encore plus insidieux. Les paroles spirituelles n'ont fait qu'ajouter à ma douleur, l'œil est encore plus sévère, la crainte de la sanction de Dieu s'est ajoutée à celle des hommes. 
 
Je crois que si je ne fais pas ce qu'il faut, je devrai revenir pour un tour, ou rôtir en enfer. Mon cœur pleure à l'intérieur, presque en permanence. Il aimerait pouvoir pleurer ouvertement, mais l'œil sévère me regarde et l'étau se resserre un peu plus. Je demande l'amour mais je ne le vois nulle part, si bien que je suis devenu incapable de le laisser passer en moi. L'étau est refermé aussi sur ce cœur. 
 
Je suis celui qui ne s'aime pas. 
 
Mais j'ai vu que cet œil était en moi, qu'il était "moi". Il reste toujours aussi sévère, il ne laisse rien passer et son jugement n'est peut-être pas aussi juste que je veux bien le croire. L'étau ne s'est pas desserré, pas encore. je ne sais même pas si cela peut se faire, mais certains en parlent. Je vois comment l'action n'est pas fluide à travers moi. Ce que "j'ai fait" se poursuit en moi, me poursuit dans "moi", et interdit la paix. je suis poursuivis par les opportunité manquées, les erreurs, les remords, les insuffisances, le sentiment de petitesse, toute petitesse... je suis celui qui ne s'aime pas et qui aimerait s'aimer. 
 
Une parole, un jour, et l'œil de sévérité à cligné, un bref instant, suffisant cependant pour que je réalise que la Paix est là. La parole disait plus ou moins "Tout Va Bien", et j'ai vu que je pouvais voir par un autre regard. J'ai vu que la paix était présente, même si rien n'avait changé, juste ce regard. Mais la parole n'était pas de moi et je ne sais pas la reproduire en moi. L'étau s'est desserré. 
 
Je suis celui qui veut s'aimer. 
 
J'ai vu que ce cœur meurtri demande un amour infini qu'il désespère de ne pas trouver. L'étau se resserre. L'œil me fait comprendre qu'il est encore là et que je ne peux demander ce que je ne mérite pas. D'autres peuvent l'avoir, mais je ne suis pas de ceux-là. Je ne suis pas adapté au monde. Le monde me le fait savoir. Et l'œil sévère me ramène à ma juste place, entre les deux mâchoires de l'étau. Je suis jugé. Les paroles d'hier se sont envolées. Il n'y a plus rien que la douleur habituelle. Je n'ai droit qu'à des éclaircies qui me laissent rêveur. Je rêve secrètement, mais je m'ajuste ouvertement à la "réalité". 
 
Je ne sais pas si je pourrai m'aimer un jour, ai-je même le droit d'y songer ? 
 
La parole, à nouveau, je ne sais pas pourquoi j'y crois. "Tu es parfait, tout est à sa place". L'œil cligne à nouveau, comme à chaque fois, comme ébloui. Et dans l'espace du battement du cil de l'œil sévère, apparaît la Paix. Les remords, les insuffisances, les douleurs de l'ajustement s'évaporent "en un clin d'œil". Il n'y a rien d'autre que cela, juste un œil qui se ferme et permet un autre regard. Tous mes efforts désespérés pour trouver la paix relative ne sont rien en regard de la révélation de cette Paix Vivante qui est là, au-delà de toutes mes pratiques, toutes mes pensées, toutes mes certitudes... et qui fait que toutes ces choses peuvent alors être abandonnées sans sentiment de perte. 
 
Je sais maintenant que je peux m'aimer.
 
Je suis celui qui écoute la parole partout où elle s'exprime, dans le murmure de la vie que j'étais incapable d'entendre, tout occupé à l'intérieur de mon étau à trouver des solutions à des problèmes que j'avais créés. L'œil sévère se relâche plus souvent. Le regard de Paix reprend sa place. Je sais qu'elle est sienne. "Tout Va Bien"... et un sourire intérieur accompagne cette parole, comme si elle était prononcée par un être en qui j'avais toute confiance, comme si Dieu me la disait soudain, après des lustres de silence. Je reçois la confirmation de ma perfection qui est Sienne, et je crois que je l'ai attendu depuis si longtemps que je fonds en larme. Même l'œil sévère pleure avec moi. L'étau se desserre. Je Suis et cela est parfait.
 
 
Je suis celui qui aime.



© Thierry Vissac, Textes, photos et dessins sur toutes les pages du site .