ISTENQS
Ici se termine enfin
Notre quête Spirituelle

 

Le dernier Guru

Thierry Vissac (octobre 2013)

Note : Par l'usage des deux orthographes (guru et gourou), je fais la distinction entre le gourou dans son sens péjoratif occidental et le guru comme enseignant respectable tel qu'il est encore généralement perçu en Inde, par exemple.

 

Il est tombé de son piédestal, celui qu’on avait érigé en son honneur, mais également celui où il s’était installé, voluptueusement.

Le 20e siècle est mort avec sa chute. Une certaine spiritualité foisonnante, orientalisante, de ces dernières décennies s’est consumée avec sa disparition.

 

Quelque chose va-t-il renaître de ces cendres ?

 

Le guru a mauvaise presse depuis quelque temps, déjà. Son statut, comme il en est de toutes les autorités aujourd’hui, est fortement contesté. La notion même de maître hérisse notre civilisation qui prône la liberté sous toutes ses formes. Le terme fait résonner douloureusement le sens de la domination, de la privation et de l’abus. Il semble s’opposer à toute possibilité de liberté personnelle, de libre arbitre, d’indépendance. Quelque chose cloche avec les « gourous », personne n’en doute. C’est une institution archaïque qui, dit-on souvent, ne peut attirer que les faibles et les fous. On ne dit plus de quelqu’un qu’il est un « gourou » que lorsqu’il est suspect et que son pouvoir semble usurpé.

 

Quelque chose pourrait donc renaître de ces cendres-là, mais il n’est pas sûr que le guru y survive, lui.

 

Pourtant, peut-on dissocier la démarche spirituelle de cet enseignement-là ? Le guru traditionnel évoque la transmission, sur une base de sagesse et de connaissance éprouvée. La spiritualité du 21e siècle fera-t-elle l’économie de cet héritage ?  Ou saura-t-elle trouver une forme plus adaptée à cette transmission ? Qui doit s’amender dans ce processus, les gurus eux-mêmes, ceux qui leur font leur trône ou ceux qui les recherchent ?

 

Une réflexion s’impose qui ne doit pas s’exprimer qu’à partir des fantasmes et des peurs ambiantes. Si la toute-puissance du guru mythique doit être absolument mise en question, son impuissance présumée, sa dangerosité ou son inutilité devraient également être examinées. Dans une époque où l’écoute n’est plus valorisée, ou l’autorité n’a plus sa place nulle part, où l’expertise est contestée dans tous les domaines, il était inévitable que le champ du spirituel, dont les principes sont parfois si indéchiffrables pour le commun des mortels, soit touché par ce marasme. J’aspire pour ma part à une redécouverte du sens de la transmission inspirant un respect qui ne soit pas vénération primaire, une écoute qui ne soit pas sans discernement, une confiance qui ne soit pas aveugle, une acceptation d’être guidé qui ne se vive pas comme une soumission. Pour que ces valeurs renaissent, qu’elles resurgissent comme des évidences, il faudra que s’effectue un certain travail, parce que le respect et la confiance se sont perdus par la faute de tous, gâchant une initiation précieuse dans l’éducation d’un être humain.

 

Le gourou du 20e siècle devait tomber et emmener dans sa chute ce qu’il conservait avec lui d’erreurs et de folies. Mais avec lui doivent se réveiller les disciples qui ont créé les gourous et qui pourraient les recréer encore par leur confusion et leur ignorance des rouages intimes de leur quête. Si le gourou se relève guru (et décide au passage d’abandonner le mot sanscrit pour en finir avec une certaine dépendance à l’Inde) et si les disciples se réveillent plus matures, il est fort probable que quelque chose renaisse de ces cendres. Tout cela reste à découvrir.

 

Qui se sent prêt pour cette régénération ?  

 

Lire aussi Une relation d’aide pour le 21e siècle

 

  

 

© Thierry Vissac, Textes, photos et dessins sur toutes les pages du site .