ISTENQS
Ici Se Termine Enfin
Notre Quête Spirituelle

 

 

 

Dénuement

Thierry Vissac

 

 

Notre âme est nue. Nous essayons de la garder couverte parce que nous pressentons une fragilité. Mais il s’agit d’une sensibilité subtile plutôt que d’une faiblesse. Nous sommes appelés à retrouver ce dénuement positif qui est une qualité de notre nature profonde.

L’instinct de couvrir et masquer se retrouve dans notre existence quotidienne. Cette habitude nous fait éprouver le dénuement comme une menace.

Nous construisons nos vies personnelles comme si tout devait durer éternellement. Nous pensons que cette façon de faire nous aide (à oublier notre vulnérabilité). Notre profession, notre famille, notre corps lui-même sont abordés dans l’oubli de nos destins. Tout change continuellement sur ces plans matériels et visibles et nous en souvenir nous fait peur. Nous croyons pourtant que, sans ces formes éphémères, nous ne pouvons pas exister dans le monde. Nous ressentons un dénuement négatif (c’est le sens le plus courant du terme) lorsque nous sommes dénués de stabilité, de possession et de continuité dans notre vie quotidienne.

Alors qu’ y aurait-il de positif à vivre le dénuement ?

D’abord, il viendra à nous de toute façon. Ensuite, il nous parle de notre nature profonde. Enfin, il nous rappelle que notre destinée d’âme n’est pas seulement rattachée à la matière du monde. Ce troisième point est crucial. Il se rapporte à notre vie spirituelle. Nous sommes dans ce monde mais pas de ce monde. La peur de la perte vient faire barrage à cette compréhension. Nous sommes attachés à tout ce que nous pouvons toucher, ne connaissant rien d’autre. Comment vivre pleinement dans le monde sans être rivé à ce qui ne fait que passer ?

Le dénuement signifie littéralement que notre nudité naturelle nous révèle qu’il n’y a pas de perte à laisser tomber des vêtements. C’est plutôt une sensation de soulagement, comme avoir le corps nu exposé au soleil plutôt que garder son manteau ou comme abandonner un vêtement trop étroit parce que nous avons grandi.

Même dans le cadre professionnel, familial, amoureux, la nudité de l’âme est primordiale. Mais dans ces domaines, on argumente souvent que « les autres » pourraient profiter de notre vulnérabilité et que l’innocence est vite écrasée par la folie du monde. La question est pourtant de savoir ce que l’on veut être : quelqu’un qui s’ajuste constamment à la dictature du monde, du social, du regard des autres, de la menace que l’on imagine autour de soi ou quelqu’un d’authentique, capable d’agir et de penser en fonction de sa nature profonde plutôt que d’impressions diffuses provenant de l’environnement social.

Cette réflexion peut nous permettre d’approcher d’une évidence que nous fuyons tous plus ou moins. Le secret est d’abord d’envisager qu’il peut y avoir quelque chose de positif à la retrouver, puis d’aller à la rencontre de cette nudité en vérifier la valeur pour notre vie. C’est un apprentissage à contre-courant des codes de notre société. Mais nous ne voulons plus qu'ils masquent notre vérité intime. La bonne nouvelle est qu'elle ne demande qu'à reprendre sa place dans notre vie.

 

   © Thierry Vissac, Textes, photos et dessins sur toutes les pages du site .