ISTENQS
Ici se Termine Enfin
Notre Quête Spirituelle

 

Des cycles :

le soleil de la conscience

sur les larmes de la vie personnelle

 

Thierry Vissac

 

 

 

On parle beaucoup de cycles dans l'écologie et la cosmologie. Selon certaines interprétations du calendrier Maya, 2012 marquerait la fin radicale d’un cycle pour l’humanité. Mais qu’est-ce qu’un cycle et quelle est sa fonction dans un processus global ?

Le cycle complété représente une boucle bouclée, une vague qui s’élève et retourne à l’océan. Sur le plan personnel, le cycle est l’émergence d’un mouvement de vie en soi et sa dissolution. Le mouvement passe et nous sommes toujours là. Nous accueillons le mouvement de vie (une émotion, une sensation, une pensée) mais nous ne sommes pas réduit, ni phagocyté, par son existence (pas débordé par l’émotion, la sensation ou la pensée). C’est, idéalement, la façon de reconnaître la place et la fonction d’un cycle dans l’existence.

L’aventure spirituelle n’est pas exempte de cycles. Elle semble même les multiplier, comme si nous avions provoqué une accélération dans la routine de nos cycles vitaux et que nous y avions ajouté des cycles nouveaux qui sont des prétextes à des prises de conscience essentielles.

Le temps de l’émergence d’un cycle est dynamique, c’est le moment de l’enthousiasme et de l’espoir. Quand notre civilisation est entrée dans l’ère industrielle, il y avait ce parfum de début de cycle. Aujourd’hui, nous sommes dans sa phase d’effondrement. Son émergence était juste. Il n’y a pas de raison de la nier rétrospectivement mais son effondrement l’est tout autant. Un cycle se termine, l’humain est toujours là et nous devrions être capables de grandir à partir des prises de conscience qui sont nées de cette ère.

Lorsque nous nous sommes engagés dans nos démarches spirituelles, nous avons ressenti que nous répondions à un appel fondamental en nous, que ce n’était pas juste un loisir. La vague de l’espoir et de l’enthousiasme est montée en nous, nous avons même surfé sur elle avec quelques moments enivrants. Puis vient le temps de la chute, du « second appel », comme on dit dans la vie monastique. Parce que l’intensité de la vague, nous révélant l’amplitude de notre nature, avait temporairement masqué notre identification à l’histoire personnelle. Nous sommes facilement attirés par une vaste perspective, comme l’éveil spirituel ou une cause qui nous dépasse, mais sans toujours prendre la mesure de ce qu’elle implique pour notre individualité. Parce que cette dernière revient vite nous rappeler ses prérogatives. Le moine dit « Je veux bien me mettre au service de Dieu… mais je découvre tout à coup que j’ai des désirs pour quelques affaires du monde, comment concilier les deux ? ». Ce rappel des ambitions et des désirs est souvent un déchirement pour celui qui les avait un peu oubliés dans l’émoi du premier engagement. Survient alors un effondrement.

Le regard conscient permet de ne pas se leurrer en haut de la vague comme en bas. Mais le regard conscient, pour véritablement générer une « vie consciente », n’est pas un coup d’œil jeté superficiellement sur une émotion, c’est la reconnaissance intime de ce que l’on vit. L’arborescence complète des mouvements de vie intérieurs se déploie devant les yeux de celui qui regarde vraiment et le guide vers une prise de responsabilité qui transcende les évaluations personnelles. Il sait à l’émergence de la vague que son enivrement n’est pas une libération, et il sait à  la chute de la vague que la redécouverte de ses limites n’est pas la fin de tout. Seulement, de cycle en cycle, il va grandir ainsi dans la conscience aiguisée de ces deux réalités et que ce ne sont pas tellement les cycles eux-mêmes qui devraient accaparer son attention, puisqu’ils ne sont que des prétextes, mais la compréhension de ce qui les a générés, comme le soleil sur les gouttes de pluie génère un arc-en-ciel insaisissable et éphémère.

L’éclairage du regard conscient sur les larmes de notre vie personnelle produit l’éclat chatoyant de nos projets, qui naissent et meurent, les uns après les autres depuis toujours.

Lorsque nous réalisons qui nous sommes (notre appel intérieur, la nostalgie de l’Amour, l’assise de la conscience) et ce que nous faisons de notre existence (nos ambitions mondaines, la quête affective, la dépendance à l’autre pour exister), nous voulons « en sortir ». Alors nous agissons, nous entreprenons, nous construisons. Mais pour que notre engagement subsiste aux effondrements des formes créées, pour qu’il survive aux fins inévitables de cycles, pour qu’il ne soit plus seulement un enivrement superficiel, il doit être ancré dans la conscience. Sans quoi, nous nous racontons vite des histoires sur les raisons de nos engagements dans un cycle et les causes de sa dissolution. Nous pouvons même être dégoutés de tout, tant nous avions investi personnellement dans le dernier cycle, oublier l’appel intérieur, et jurer qu’on ne nous y reprendra plus.

Pourtant,  si nous sommes dans la conscience que nous créons notre univers, nous voyons les cycles comme les scénarios mêlés de notre appel spirituel et de nos attentes personnelles. Quand les attentes sont déçues, je peux en prendre la responsabilité, car elles sont mes créations mentales. Le cycle terminé, l’appel peut alors demeurer.

Quand le mélange ne se fait plus, par le regard conscient, le cycle peut se poursuivre ou non, nous sommes véritablement engagé, plus porté  par la vague puis  assommé par sa chute, nous ne confondons plus l’appel et le besoin, la foi et la croyance, l’attention et la peur, l’amour et la quête affective, l’émotion et le cœur, la fin d’un monde avec la fin du monde. Et finalement, l’autonomie naît du fait qu’il ne nous est plus nécessaire d’entrer dans des cycles contrastés, avec leurs épreuves initiatiques ou psychodrames parfois épuisants, pour se souvenir de qui nous sommes et de ce que nous voulons vraiment.  


 Avril 2012.

 

© Thierry Vissac, Textes, photos et dessins sur toutes les pages du site.