Bienveillance


Thierry Vissac

 

 

 

Nous avons vu qu'une véritable rencontre avec soi ne néglige rien.

 

Il ne peut y avoir de zones privilégiées et d'autres qui seraient confinées dans les oubliettes de l'âme.

Nous ne pouvons demeurer avec cette conception duelle qui sépare irrémédiablement l'existence en deux versants et qui fait de la quête spirituelle un chemin pour oublier ou occulter un versant que nous n'aimons pas. Cet aspect de notre existence que nous sommes conditionnés à rejeter pour ne plus souffrir est maintenant celui que nous acceptons d'accueillir et d'éclairer.

La lumière portée par cette attention bienveillante sur nos travers, nos blessures, nos perversions, soulève le poids du jugement et de la négation. Ce n'est pas que nous souhaitions glorifier le versant sombre, mais nous avons fait le constat que la lutte que nous menons contre lui pour le nier ou le faire disparaître, au nom même de la spiritualité, lui a finalement donné plus de réalité, plus de poids.

La lumière de cette attention est dénuée de jugement. C'est un regard qui inclut plutôt qu'un regard qui rejette. Cette attention ne veut pas se débarrasser à tous prix de quoi que ce soit, elle envisage d'accueillir ce qui était jusqu'alors inacceptable, et dont il fallait nécessairement se défaire pour se sentir digne, heureux, ou spirituel.

Ce dont nous devons absolument nous défaire est, dans les milieux spirituels, ouvert à toutes les spéculations depuis toujours et selon les plans de l'ego spirituel. Je dirais qu'il se peut que cette chose si insoutenable en soi qui semble nous séparer de Dieu ou des hommes devienne un jour, dans une bascule étonnante ou une sorte de transfiguration, l'instrument privilégié de Sa Volonté. Il se peut aussi qu'elle disparaisse tout à fait. Mais, dans un cas comme dans l'autre, la révélation ne se fera pas dans l'oubli ou le rejet.
 
Nous devons donc envisager sérieusement la rencontre avec nos démons, nos terreurs, nos échecs, nos actions peu glorieuses, nos pensées si inadéquates. Au cours de cette descente en soi, nous allons rencontrer toutes ces choses et d'autres encore qui hantent notre univers intérieur et que nous voudrions tant exorciser par la fuite. Il y a une voie médiane entre la fuite et la complaisance. C'est celle de la bienveillance, bien plus efficace que les stratégies de l'ego spirituel sur le chemin de l'apaisement.

Nous "descendons" donc les yeux grands ouverts au cœur de cet univers personnel trouble et souvent fantasmagorique, pour le découdre au cœur de sa trame. La rencontre réserve des surprises, mais nous n'y sommes pas encore. Il faut encore descendre...

   

© Thierry Vissac, Textes, photos et dessins sur toutes les pages du site .