ISTENQS
Ici se termine enfin
Notre quête Spirituelle

 

 

Barbarie

 

 

 

Quoi qu’on en dise, nous n’avons jamais mis fin à la barbarie.

Nous sommes les témoins de l'échec de la civilisation.

Chacun porte en lui l’espoir de la paix et chacun perpétue la guerre en même temps.

Nous chevauchons un fil ténu, entre l’inexorable folie des hommes et leur impénétrable sagesse.

Le monde continue en l’état parce que nous préférons espérer. Mais nous devrons un jour aller plus loin que l’espoir si nous voulons lui donner une substance. Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur la guerre que nous entretenons dans le secret de nos pensées tout en déplorant l’état du monde.

Aujourd’hui, si deux humanistes sont assis à la même table, il ne faut pas plus d’un quart d’heure pour qu’ils aient le désir de s’étriper, parfois au nom même de cette paix qu’ils espèrent dans leur cœur, comme tout le monde.

Dans le meilleur des cas, à ce rythme, de nombreux siècles seront nécessaires avant que les hommes réalisent la nécessité d’une révolution intérieure qui, seule pourrait mettre un terme à l’absurdité.

Un sursaut profond est nécessaire dans la conscience de l’humanité, un réveil sans torpeur. Est-il possible dans l’état actuel des choses ? Car la violence et le mal que nous déplorons n’est pas ailleurs, il est en nous. Bien sûr, nous ne lâchons pas tous des bombes sur les maisons de nos voisins, mais n’est-ce pas parce que nous n’en avons pas les moyens ? Il se trouve que ceux que nous montrons du doigt pour leurs massacres sont les mêmes que nous, dans un contexte différent, simplement.

C’est l’humanité qui est malade, pas juste un tyran ici ou là, dans un pays ou un autre. Nous n’avons pas eu le courage d’observer, jusque dans nos maisons, jusque dans nos âmes, nos compromissions et leurs tragiques conséquences.

Cette civilisation barbare qui a décoré ses erreurs, ses manquements et ses mensonges des atours de la vertu doit être reconstruite depuis ses fondations. C’est, évidemment, un choix difficile parce que nous sommes attachés à nos ruines. Mais la vision de la souffrance du monde devrait suffire à soutenir notre décision. C’est le cas pour certains d’entre nous, qui n’ont pas d’intérêts personnels à préserver dans l’enfer du monde, et qui sait si nous ne chercherions pas à les préserver nous-mêmes si les rôles étaient inversés ?

Mais nous sommes pris au piège d’un système qui interdit toute velléité de transformation. Nous sommes les témoins impuissants d’une destruction lente et meurtrière que nous aimerions parfois accélérer afin d’abréger les souffrances.

D’autre fois, nous ouvrons un œil désabusé sur l’absurdité dramatique de nos existences personnelles et nous serions prêts à nous écrier : « Mais bon sang, personne ne va faire quelque chose ? », comme si ceux qui auraient le pouvoir d’agir étaient quelque part, comme s’ils existaient tout simplement.

C’est pourquoi, le temps fera son œuvre, au fil des siècles, comme un pourrissement, une extinction. Car nous sommes amorphes, vides de tout courage, repliés sur nos petits acquis que nous tentons de sauver de l’effondrement, en attendant la mort sans doute. Nous sommes les soldats de la folie, répétant les litanies des démons qui nous tiennent par la peur, répétant les règles qui nous ont été inculquées afin que rien ne change.

Pourtant, en écrivant ces mots, je vois qu’il reste une once d’espoir, comme le pressentiment que l’homme contient en lui plus que toutes ces lâchetés et ces bassesses, qu’il a le potentiel de se redresser et de réinventer le monde, à l’image de ses rêves les plus secrets.

A l’image de ces mots, nous sommes ainsi partagés entre la désillusion et le rêve, entre le constat sans appel d’une terrible destruction en cours qui tirera encore de nombreuses larmes de nos yeux, de nombreux cris de nos gorges ouvertes et le pressentiment intime d’une renaissance, parce que les hommes ont toujours trouvé un nouveau courage sur les décombres de leurs folies.

Mais j’aimerais que le prochain sursaut soit celui qui nous extirpe de la barbarie. N’êtes-vous pas comme moi ? Ne sentez-vous pas qu’à cette évocation, quelque chose se réveille qui mobilise notre conscience au point de faire la lumière afin que nous ne soyons plus les esclaves de nos ombres et les bourreaux de nos frères les hommes (et les animaux, voir Earthlings (attention certaines images sont jugées insoutenables par certains) note ?

Est-ce encore trop tôt ? Est-ce si utopique ?

Ou sommes-nous assez nombreux dans cet esprit pour que le rêve devienne réalité.

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 Note : Texte d’introduction de Earthlings (« les habitants de la terre ») par Shaun Monson.

 

« Nous sommes tous des habitants de la terre. Il n’y a pas de sexisme, de racisme ou de spécisme, dans l’expression « habitants de la terre ». Le terme « spécisme » est un préjugé ou une attitude partiale en faveur des membres de sa propre espèce et contre les membres d’autres espèces. Si un être souffre, il n’y a pas de justification pour ne pas prendre en compte cette souffrance. Les animaux n’ont pas les mêmes désirs que nous, ils ne comprennent pas les mêmes choses que nous, néanmoins, nous avons des désirs et des perceptions communes : besoin de nourriture et d’eau, d’un abri et de compagnie, recherche de la liberté de mouvement et évitement de la douleur. Ces tendances sont partagées par les animaux humains et non humains. Quant à la compréhension, beaucoup d’animaux non humains comprennent le monde dans lequel ils évoluent. Derrière les différences, il y a la similitude. Comme nous, ces animaux incarnent le mystère et le miracle d’être conscient. Comme nous, ils ne sont pas seulement dans le monde, ils en sont conscients. A cet égard, les humains vont de pair avec les cochons, les vaches, les poules et les dindes. Ce que ces animaux méritent de notre part, la manière dont nous devons les traiter est une question dont la réponse commence avec la reconnaissance de notre similitude psychologique. Nous les traitons avec condescendance pour leur incomplétude, pour ce tragique destin d’avoir pris une forme si inférieure à la nôtre, et en ceci nous nous trompons, nous nous trompons grandement. Car l’animal ne devrait pas être mesuré par l’homme. Dans un monde plus vieux et plus complet que le nôtre, ils évoluent finis et complets doté d’extension des sens que nous avons perdues ou jamais atteintes, vivants par des voix que nous n’entendrons jamais. Ils ne sont pas des frères, ils ne sont pas des subordonnés, ils sont d’autres nations, prises avec nous dans le filet du temps, compagnons prisonniers de la splendeur et de la fatigue de la terre. »

 

« Dans leur comportement envers les créatures, tous les hommes sont des nazis… mais  pour les prisonniers et victimes de ce massacre, l’holocauste est loin d’être terminé. »

  

 

© Thierry Vissac, Textes, photos et dessins sur toutes les pages du site .